• Ceux-là qui méritent de nous gouverner !

    Par Bassam Bounenni

    Y a pas photo : il est des critères pour gouverner la Tunisie ! C'est une large majorité qui décide. A bas le gouvernement Laaridh ! C'est la moindre des choses ! La Dream Team de la nullité, aggravée de médicorité, frappée du Syndrome de Halfaouine, car gérant le pays depuis les toits de la Cité.
    Alternative : nos valeureux amis destouriens ! Nous les connaissons ! Ils nous connaissent ! Par souci de détail, précurseurs du "Big Brother is watching you" ils nous connaissent mieux que nous les connaissons ! En plus, ils sont productifs. Et, vu de cet angle, ils sont imbattables. Ils sont plus que productifs ... ils sont surtout reproductifs.
    Mais, n'osons pas parler, quand même, sexualité et généalogie. C'est un sujet tabou pour les maitres du pays. Ses pères fondateurs. De Béji Caïd Essebsi à Hafedh Caïd Essebsi. Pas de préjugés, SVP ! Il n'y a aucun lien de parenté politique entre les deux figures de proue de la scène. Seul l'amour de la Patrie les unit. Oui, oui ! Croyez-moi ! Ce n'est pas tout à fait loin du couple Ghannouchi-Abdel Salem ! L'amour de la Patrie, c'est dans les veines !
    De quoi je me mêle ! Ils ont la carrure d'Hommes d'Etat. Et, basta ! Tels que Abdel Wahab Abdallah, dixit un de nos valeureux journalistes. Et, il n'y a pas que ça dans les veines ! La liberté d'expression, c'est aussi dans les veines ! Mais, avec un peu plus de retenue. Avant le 14 janvier 2011, c'était plutôt entre amis. Plus tard, il fallait avouer son amour inouï pour ces valeurs. Oui, oui ! Il faut y croire !
    Dérober des millions de dinars à la caisse de l'Etat et s'en sortir nickel avec un bain de foule, en bonus ? Et, alors ? Ecrire des rapports pour les poulets et continuer son bonhomme de chemin ? So, what ? Aller aux frais de la princesse, chercher les méchants opposants ternir "l'image de marque de la Tunisie de Ben Ali" et finir par se mettre à défendre la Révolution et en devenir la voix ? E allora ?
    Il n'y a que des Fredo qui cherchent à comprendre. Les Parrains, eux, achèvent ! Mais, allons, ce n'est pas aussi mafieux que ça. C'est juste ce que San Antonio appelait "un vol au-dessus d'un nid de cocus". Alors, pour remettre de l'ordre, il faut tout juste remettre les pendules à l'heure. Et, pour régler l'horloge, il n'y a que nos valeureux amis destouriens pour ce faire. Car, ils sont passés pour être présents dans notre futur. Burk ! Mais, ça c'est du Mc Solaar ! Oui, oui ! En effet ! Eh oh ! Il était prophétique le Solaar ! On a commencé par "casser le silence" pour finir par le faire "bouger-de-là". Pas, pour autant, Saoûlard ! Car, celui qui sème le vent ne récolte pas le tempo ... il récolte tout simplement la tempête ! Donc, ne fais pas ton malin ! La nature n'a qu'une seule balance. Une logique unique. Alors, petit, savoure bien la liberté et dis-toi qu'ils méritent bien de nous gouverner ... les destouriens ! Car, on le vaut bien ! Alors, sirote ton Bardolais et ta gueule !

  • Appels au meurtre de Juifs : Gilbert Naccache portera plainte

    Par Gilbert Naccache

    Je me décide, pour la première fois de ma vie à porter plainte devant la justice tunisienne contre les individus qui, sur l’avenue Bourguiba, ont appelé, ce dimanche 25 mars, à l’assassinat des Juifs.

    J’ai déjà été l’objet d’une agression raciste en 2000, mais je n’avais pas voulu porter l’affaire devant les tribunaux, estimant qu’il s’agissait de jeunes inconscients trompés par une propagande venue de l’étranger. Rien de semblable aujourd’hui : il s’agit d’un mouvement politique qui fait de l’antisémitisme et de l’appel au meurtre des Juifs un de ses modes de propagande habituels. Il s’était déjà pareillement illustré, voilà plus de deux mois à l’aéroport de Tunis-Carthage, et le gouvernement n’a rien fait pour prendre les mesures légales appropriées.

    Aujourd’hui encore, une semaine après les faits, on ne voit toujours pas de suite pénale à ces agissements, non seulement inadmissibles, mais tout simplement illégaux : qu’un gouvernement puisse tolérer des appels à la haine raciale et au meurtre sans réagir vigoureusement dépasse l’entendement. On le voit certes menacer, mais nul doute qu’un journaliste qui publie une photo jugée indécente se retrouve en prison dans les 24 heures, alors que ces excités…

    Je porte plainte contre ceux qui ont proféré de telles énormités, d’abord parce que le pouvoir exécutif tardant à faire respecter la loi, j’espère que la justice, encore une fois saisie de l’affaire, montrera que les lois doivent être appliquées et que ces jeunes manipulés, qui n’ont de courage qu’en nombre et à condition d’être assurés de l’impunité, sauront qu’on ne peut pas dire n’importe quoi, sauront que certains appels conduisent en prison.

    Je porte plainte en tant que Tunisien solidaire de tous ses compatriotes injustement attaqués, et parce que je ne veux pas que soit sali le passé de mon pays, un passé de civilisation millénaire, fait surtout de vivre ensemble et de tolérance.

    Je porte plainte en tant que Juif tunisien solidaire en cela de tous les Juifs, et aussi de tous les Tunisien(ne)s non juifs(ves) qui se sentent trahis par de tels comportements, parce que je suis également menacé et que je n’ai à prouver devant personne mon droit de vivre sur cette terre qui est aussi la mienne.

    Je porte plainte au nom de la révolution de la dignité qui a frappé le monde entier par son caractère pacifique et ouvert, et qui est menacée par ces mêmes irresponsables qui ont déclaré blasphématoires ces demandes de liberté et de démocratie.

    Je porte plainte parce que ces appels au meurtre, qui n’ont rien à voir avec le sentiment des Tunisiens, sont un des moyens par lequel veut se réintroduire la contre-révolution, sous le prétexte de ramener un ordre que l’actuel gouvernement ne peut faire respecter et que, en mettant la justice en demeure de faire son travail, je contribue à désamorcer cette menace.

    Je porte plainte, enfin, parce que les salafistes auteurs de ces appels au meurtre sont les ennemis déclarés des femmes, des artistes, des créateurs, des penseurs, de ceux qui sont les piliers de l’âme du peuple.

    Pour toutes ces raisons, et pour celles que chacun pourra trouver au fond de lui-même, en me solidarisant des actions judiciaires déjà engagées, j’appelle toutes et tous à nous accompagner dans ce refus de ces pratiques odieuses, dans l’exigence de les voir rapidement disparaître.

    Pour ce qui me concerne, j’ai chargé Maître Bochra Bel Haj Hmida, dont l'engagement antiraciste ne s'est jamais démenti, de me représenter dans cette affaire.

  • Lost in transition !

    Par Bassam Bounenni

    La désespérance est mauvaise conseillère. Les protagonistes de la scène politique se le disent tout bas. A court d’idées, ils ne semblent pas détenir le mode d’emploi des étapes à suivre dans cette phase transitoire.
    L’époque où l’on vantait les bienfaits du consensus semble assez lointaine. Place, donc, à de terribles échanges de diatribes, d’invectives et d’accusations. Complot, par-ci, complot, par-là. De la lumière on en voit. Ce n’est nullement celle de la fin du tunnel. Mais, plutôt, celle de la fin, tout court.
    Le courant ne passe plus. Loin s’en faut. Les débats sont des plus électrifiés. Et, électrifiants, cela va de soi.
    Le dossier ô combien symbolique des martyrs et des blessés ne fait plus la Une des programmes, que ce soit à Carthage, à la Kasbah ou au Bardo. De quoi donner raison à la mauvaise langue que fut Prévert, qui voyait que “martyr, c’est pourrir”.
    Les médias sombrent de plus en plus dans la médiocrité, tantôt à coups de Photoshop, tantôt à coup de “bandir”. Chacun a choisi son camp. Son son de cloche. Et, que pourrissent ou/et périssent les voix qui s’élèvent, timidement, pour le ménage. Que les “ténors” de la censure benalienne tiennent encore les rênes des “tribunes” au profit de tel ou tel camp n’est plus un tabou. Que les caciques du 13 janvier 2011 passent encore sur nos plateaux ou nos ondes, créés, déjà, par accident généalogique, ne fait plus grincer des dents.
    Cette ambiance de passe-on-n’a-rien-vu frappe tous les hauts-lieux de la dictature “déchue”. Du ministère de la Répression au cabinet de l’Injustice, rien n’a changé. Ou, presque. Les serments d’hypocrites font autorité. Dans le milieu des affaires, l’impunité et le désengagement de l’Etat renflouent les caisses des "intouchables". Pendant ce temps, le citoyen lambda croit dur comme fer qu’avoir une omelette à table est un pur vice que la loi du plus … pauvre finira par châtier.
    Et, comme un “Bonheur” ne vient jamais tout seul, nos “Bardolais” traînent. Elus pour constituer, nous a-t-on promis, ils constituent, désormais la cerise du … dégoût. La Constitution est au point mort.
    Les Sidi Bousaid, Sidi Bouzid, Sidi Mahrez, Sidi Salem et autres marabouts se retrouvent, donc, au chômage ! Seul Saint Glinglin est maître à bord !

  • Les électeurs boudent la première étape des élections post-Ben Ali

    TUNIS (AFP) — Les Tunisiens ont boudé les inscriptions sur les listes électorales pour la désignation d'une Constituante le 23 octobre, au terme de cette première étape qui a été prolongée à cinq semaines et qui prend fin dimanche soir à minuit.
    A la mi-journée, seulement un peu plus de la moitié des électeurs potentiels en Tunisie se sont volontairement inscrits, selon un membre de l'Instance indépendante des élections (ISIE).
    "Nous avons atteint voire dépassé les 3,7 millions d'inscrits, ce qui fait un taux de 52%" à l'échelle nationale, a déclaré à l'AFP M. Larbi Chouikha.
    La barre des 50% d'inscrits est franchie "si on ne comptabilise pas les Tunisiens résidant à l'étranger", pour lesquels les statistiques n'étaient pas encore disponibles dimanche, a-t-il indiqué.
    "Le corps électoral sur le territoire national est composé d'environ 7 millions d'électeurs", a-t-il précisé, le reste formant le nombre d'électeurs résidant à l'étranger (entre 700.000 et 800.000).
    L'ISIE tiendra une conférence de presse mardi pour annoncer les chiffres définitifs du corps électoral et des inscrits. Elle lancera lundi une campagne exceptionnelle d'inscription réservée aux militaires et policiers ayant réintégré la vie civile, aux jeunes qui ont auront atteint 18 ans après la clôture des inscriptions et aux personnes ayant recouvré leurs droits civiques.
    L'enjeu de cette opération est le taux final des inscriptions volontaires.
    Samedi, la dernière mise à jour du nombre d'inscrits affichait 3,640 millions selon le compteur de l'ISIE sur sa page officielle Facebook, où l'objectif à atteindre est fixé à 7,5 millions d'électeurs.
    M. Chouikha a indiqué que les bureaux d'inscription ferment dimanche à 16H00 (15H00 GMT), "80 unités mobiles restant opérationnelles jusqu'à minuit, voire une heure du matin (23H00 GMT voire 00H00 GMT)" a-t-il dit.
    Sur les réseaux sociaux tunisiens, le compte à rebours a commencé. Plusieurs internautes incitent leurs contacts non-inscrits à se hâter vers les bureaux d'inscription.
    Cette opération a commencé le 11 juillet dernier. La date limite était fixée au 2 août, mais vu la faible mobilisation, le président de l'ISIE, Kamel Jendoubi a prorogé la période de deux semaines avant d'annoncer le recours à l'inscription automatique pour ce premier scrutin post-Ben Ali.
    En juin, le Premier ministre tunisien de transition, Béji Caïd Essebsi, a annoncé le report des élections initialement prévues le 24 juillet au 23 octobre, suite à la demande de l'ISIE.
    L'importance des inscriptions ne se limite pas aux prochaines élections de la Constituante chargée d'instaurer les nouvelles institutions du pays.
    En effet, si les Tunisiens avaient répondu présents, cela auraient permis d'établir de nouvelles listes électorales, totalement indépendantes des listes du ministère de l'Intérieur qui falsifiait les élections sous Ben Ali.
    L'ISIE, considérant la faible mobilisation des Tunisiens, avait décidé début août de recourir à l'inscription automatique.
    Ce mode ne permet cependant pas aux électeurs de voter dans le bureau de leur choix. Il se base sur les données des cartes d'identité nationales, recueillis par l'ISIE auprès du ministère de l'Intérieur.
    Prochaines étapes: 20 août, vérification des listes des électeurs, le 30 août, publication du décret de convocation des électeurs et le 1er octobre lancement de la campagne électorale.
    Après le battage médiatique pour inciter les électeurs à s'inscrire, le défi pour l'ISIE, les partis politiques et le gouvernement consiste à éviter que les premières élections libres ne soient remportées par l'abstention.
    Hasard du calendrier, la clôture des inscriptions a lieu sept mois après la fuite de Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier en plein soulèvement populaire.

  • Libérez Samir Feriani !

    http://www.petitions24.net/liberez_samir_feriani

    Samir Feriani, Officier de police tunisien, a été enlevé et mis en détention à la caserne militaire de l'Aouina le 29 mai 2011, après avoir écrit une lettre au ministre de l’Intérieur, Habib Essid, où il nommait certains officiels, actuellement haut-placés au ministère, responsables, selon lui, du meurtre de manifestants pendant la révolution tunisienne, ainsi que d’autres violations des droits humains. La lettre de Feriani accusait aussi des officiels du ministère d’avoir détruit des archives embarrassantes, suite à la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali le 14 janvier.
    Comme Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch, nous pensons qu'« à un moment où de nombreux Tunisiens pensent que les responsables qui ont terrorisé la population sous Ben Ali conservent d’importants pouvoirs au sein de l’institution sécuritaire, le gouvernement provisoire devrait encourager ceux qui tirent la sonnette d’alarme, et non pas utiliser les lois discréditées du gouvernement déchu pour les emprisonner »
    Et c'est pour ces raisons que nous exigeons du gouvernement provisoire la libération immédiate de Samir FERIANI, détenu et torturé uniquement pour avoir dénoncé les vrais coupables des crimes commis ces derniers mois en Tunisie.

  • Hamma Hammami dénonce un "climat non propice" aux élections

    TUNIS (AFP) — Le secrétaire général du Parti communiste des ouvriers en Tunisie (PCOT, extrême gauche) a dénoncé samedi un retour de la peur, de la torture et un regain d'insécurité en Tunisie, affirmant que cet état n'était "pas propice" à la réussite des élections du 23 octobre.
    "La peur est revenue, la torture réapparaît, les troubles causés par une renchérissement insupportable du coût de la vie sont de plus en plus fréquenté a-t-il lancé, décrivant un "climat non propice" à l'élection libre et démocratique" d'une Assemblée constituante.
    M. Hammami s'exprimait à l'ouverture d'une conférence nationale pour le lancement d'un dialogue "continu" sur "les conditions de réussite du processus électoral en Tunisie" organisée par le Centre des études sur l'islam et la démocratie (CSIM, Londres) et le Forum al-Jahedh dirigé par le politologue Slah Jorchi.
    Ce dirigeant a exhorté les partis politiques à "sauvegarder l'unité nationale" et à "cesser les querelles politiciennes qui doivent faire place à une émulation sur la base de programmes politiques".
    M. Hammami a en outre accusé le gouvernement intérimaire d'"appliquer des méthodes du régime de Ben Ali", balayé par le soulèvement populaire le 14 janvier après 23 ans de dictature.
    "Si les choses restent en l'état les Tunisiens ne doivent hésiter à réclamer du changement", a-t-il martelé, accusant le gouvernement intérimaire de Béji Caïd Essebsi de "vouloir casser la mobilisation" née du soulèvement.
    Outre le PCOT, le parti islamiste Ennahda, le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDLT, socialiste), le mouvement Ettajdid, le Congrès pour la République (CPR) ont pris part à l'amorce de ce "dialogue national".
    En revanche, le Parti démocrate progressiste (PDP), formation créditée des meilleures intentions de vote par des sondages, après Ennahda, a boycotté la conférence et un de ses dirigeants interrogé par l'AFP, n'a pas jugé utile de commenter cette absence.
    Un orateur du FDLT et des indépendants ont mis en garde contre "un dangereux amalgame" entre religion et politique, celle-ci devant s'exercer en dehors des mosquées.
    Autre souci exprimé, celui du financement des partis et son impact sur les élections, certains ont invité les formations politiques à "publier des listes actualisées de leurs donateurs".
    L'interdiction de financements étrangers imposée par un projet de décret loi adopté devrait être étendue aux associations, qui "servent souvent de paravent aux partis", a réclamé Samir Ben Amor représentant le CPR de Moncef Marzouki.
    "Les élections représentent une étape historique déterminante de l'avenir de la Tunisie et de sa région", a déclaré Radwan Masmoudi, président du CSIM, indiquant la conférence avait pour objectif d'établir un diagnostic et de débattre des moyens de réussir le processus démocratique.

  • Ennahda se retire de la commission des réformes

    TUNIS (AFP) — Le président du mouvement islamiste tunisien Ennahda (Renaissance), Rached Ghannouchi, a annoncé lundi le retrait de son parti de la commission chargée de piloter les réformes après la chute du régime Ben Ali.
    "Le mouvement Ennhada se trouve dans l'obligation de se retirer définitivement de la commission", que certains veulent utiliser pour "promouvoir leurs propres objectifs", a déclaré M. Ghannouchi, lors d'une conférence de presse.
    La Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, la réforme politique et la transition démocratique, présidée par Yadh Ben Achour, a été créée fin février pour dessiner les contours des futures institutions de la Tunisie d'après la révolution qui a chassé du pouvoir l'ex-président Zine el Abidine Ben Ali, le 14 janvier dernier.
    La commission "croit avoir une légitimité populaire, alors qu'elle n'en a pas", a dit M. Ghannouchi.
    "Qui êtes-vous pour vouloir fixer des lois essentielles pour le peuple?", a encore lancé le leader islamiste en accusant la commission de se prendre pour "un parlement".
    M. Ghannouchi a fait porter sur la commission Ben Achour la "responsabilité de la sortie" de sa formation. Mais il n'a pas complètement écarté l'éventualité d'un retour, en cas de changement d'attitude de la commission.
    C'est un "retrait définitif si la haute commission continue d'ignorer le principe du consensus. S'il y a retour à la raison du consensus, nous pourrons étudier notre retour", a-t-il dit.
    Le mouvement islamiste avait déjà claqué la porte une première fois, fin mai, suite à une polémique sur le report des élections, initialement prévues le 24 juillet.
    M. Ennahda avait suspendu la semaine dernière sa participation aux travaux de la commission en invoquant une série de griefs.
    Le contentieux porte aussi sur le financement des partis. Les règles que la commission veut établir sont contestées par les grandes formations qui disposent déjà de ressources conséquentes et ne veulent pas voir leur marge de manoeuvre réduite, notent des commentateurs.
    Un désaccord existe également sur l'inclusion ou non d'une mention interdisant toute normalisation des relations avec Israël, dans le "Pacte républicain", texte qui doit servir de socle pour la nouvelle constitution tunisienne.
    De son côté, le fondateur du Parti démocratique progressiste (PDP), Ahmed Néjib Chebbi, qui se veut une alternative aux islamistes, s'est lui aussi montré critique vis-à-vis de la commission, la jugeant "peu représentative", car ses membres ne sont pas élus.
    "Plus tôt elle partira, mieux ça sera pour le pays", avait-il déclaré dans une interview à l'AFP.

  • Ben Ali évoque une "justice des vainqueurs bâtie sur de fausses accusations"

    Tunis (AFP ) - L'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali voit dans son procès, qui s'ouvre lundi à Tunis, "l'illustration d'une justice des vainqueurs bâtie sur de fausses accusations", selon un membre de son entourage.
    Ce procès, aux yeux de Ben Ali, champion de l'ordre et de la sécurité, "n'a pour but que de détourner l'attention des Tunisiens des troubles qui agitent le pays", a indiqué à l'AFP ce proche de l'ex-président s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.
    Zine El Abidine Ben Ali s'est réfugié en Arabie saoudite après avoir fui le pays le 14 janvier à l'issue d'une révolte sanglante d'un mois qui a été réprimée au prix de 300 morts.
    Depuis, il s'est fait très discret probablement en raison des restrictions des autorités saoudiennes qui avaient bien souligné en l'accueillant qu'il ne serait autorisé à aucune activité politique.
    Les Saoudiens sont restés sourds aux appels des nouvelles autorités tunisiennes à extrader l'ancien président qui vit avec son épouse Leïla Trabelsi, sa fille Halima, 18 ans et son fils Mohamed Zine El Abidine, 6 ans.
    Les autorités saoudiennes ont une longue tradition d'accueil pour les présidents et les dirigeants déchus dont ils n'ont extradé aucun. Le plus connu parmi eux est l'ancien dictateur ougandais Idi Amine Dada qui y est mort.
    Devant le tribunal de première instance de Tunis, Zine el Abidine Ben Ali, ne sera jugé que pour une petite partie des 93 affaires instruites contre celui.
    Lui et son épouse sont poursuivis, ensemble, à la suite de la découverte de faramineuses sommes d'argent et de bijoux dans un palais à Sidi Bou Said, près de Tunis. M. Ben Ali l'est aussi, seul cette fois, pour de la drogue et des armes retrouvées dans le palais présidentiel de Carthage.
    Pour sa défense, l'ex-président nie en bloc, selon le membre de son entourage, avoir eu connaissance de la présence de drogue au palais de Carthage.
    Il affirme, selon la même source, que les armes et les bijoux trouvés dans un autre palais étaient des cadeaux de dirigeants étrangers à sa personne et à son épouse et récuse d'avoir caché des sommes en liquide que les autorités tunisiennes disent avoir découvertes.
    Pour lui, il ne s'agit ni plus ni moins que de "preuves fabriquées" pour le faire condamner, selon cette personne qui lui est proche.
    L'ancien président espère malgré tout que "justice lui soit rendue par ses concitoyens avec lesquels il a fait un chemin de 23 ans", selon cette source.
    Ces déclarations recoupent la ligne qui sera adoptée probablement par la défense de l'ancien président qui a été la première à s'exprimer en son nom le 6 juin.
    bur/mh/sw

  • Le vrai faux départ des partis politiques

    Répression de manifestations dans la violence, bain de sang dans le Bassin minier, censure, atermoiements juridiques. Tel est le bilan de l’après-Ben Ali. Et, pourtant, les partis politiques semblent être déconnectés d'une réalité qui fait de plus en plus peur.
    Que l'officier de police, Samir Feriani, risque d’être jugé devant un tribunal militaire ou que les journalistes soient tabassés et les locaux de leurs journaux saccagés, rien ne semble susciter la moindre forme d’indignation chez nos politiques.
    Plongés dans les "logiques" électorales, les partis déçoivent. Avant le 14 janvier, à la moindre dérive, on criait scandale. Aujourd'hui, quand les droits de l'Homme sont bafoués, preuves à l'appui, les réactions se font aussi rares que dérisoires.
    Le lobby des défenseurs des libertés, très présent dans les quelques partis politiques, reconnus et interdits sous la dictature, ainsi que dans le milieux des avocats, semble avoir lâché prise.
    A Metlaoui, outre le mutisme complice du gouvernement, les partis politiques ont laissé faire, se contentant, dans les meilleurs des cas, à des communiqués futiles portant des dénonciations on ne peut plus laconiques. Du déjà vu. D'autant plus que les temps ont changé. A 14 morts, du jamais vu dans nos murs, hors période de soulèvement, l'immobilisme irresponsable des partis politiques est flagrant.

    Tapis rouges pour Messieurs

    Sombrant dans un populisme radical, vantant leurs épopées, parfois exagérées et même erronées, seuls les meetings populaires et les bains de foule les intéressent.
    On croyait naïvement que seul le défunt RCD pouvait oser faire dans l'immoral. Mais, voilà les figures de proue de la lutte anti-Ben Ali imiter le parti unique, payant la foule et mettant à sa disposition des bus pour des déplacements aussi bien "politisés" que "politisants".
    Sur la toile, pas de scrupules même si l'on achète des pages ou des blogs assez sollicités "pour la bonne cause". La leur. Pourquoi rougir des pseudonymes si c'est pour achever un détracteur. Bref, on n'est pas sorti de l'auberge.
    Des affichages à l'effigie des "conquérants" qui n'ont rien à envier à ceux de Ben Ali sont de retour sur nos auto-routes et sur les principales artères des grandes villes. Décidément.

    Débats houleux pour la Saint-glinglin

    Dans de telles circonstances, il serait, donc, absurde de s'attendre à des miracles. Le débat politique se résume aux manœuvres pré-électorales. La dualité Islamisme/Laïcité reprend de plus belle, causant des dégâts quasiment irréparables, sans pour autant marquer le moindre tournant ou la moindre avancée. Loin s'en faut.
    Pendant ce temps, les caciques de Ben Ali dissimulent les quatre vérités qui ont fait de la Tunisie, 23 ans durant, un pays claquemuré, une coupole pour chefs mafieux. Un non-Etat.

    Le cas Samir Feriani

    Les pièces à conviction sont, donc, inaccessibles. Et, même quand on ose crier haut et fort qu'on veut tout cracher, il y a non-lieu. Pis, des représailles. Tel est le cas de Samir Feriani.
    Cette affaire est si grave que Human Rights Watch avait averti que "le gouvernement provisoire devrait encourager ceux qui tirent la sonnette d'alarme, et non pas utiliser les lois discréditées du gouvernement déchu pour les emprisonner." Seuls les inoxydables Mohamed Abbou et Samir Ben Amor, avocats de "l’accusé" ont tiré la sonnette d'alarme.

    Bouées de sauvetage pour les juges de Ben Ali

    Pendant ce temps, la justice tunisienne vit un semblant d’assainissement. Mais, rien d'innocent. En effet, les juges corrompus sous Ben Ali bénéficient du gel de leurs activités, une procédure illégale, en fait. Car, un gel présuppose un argument. L'argument étant la corruption, cela exige le jugement. Le gel devient, donc, une aubaine pour les symboles de la corruption des cours de Ben Ali qui échapperont au procès.

    La dêmission qui en dit long

    Même situation ou presque au sein de la Commission nationale d'établissement des faits sur les affaires de malversation et de corruption. La démission de Sadok Ben M'Henni en protestation contre un projet d’amnistie des personnes qui se présenteraient devant la Commission et avoueront des faits. Là, encore, aucune réaction de nos partis politiques. Peu d’échos, également, dans la presse la place.

    Les pro-Abdallah toujours aux commandes

    Car, faut-il avancer que nos médias n'ont pas encore cassé la voix. Les décideurs sont toujours les mêmes. A l'exception de Abdel Aziz Jeridi, aucun sbire de la machine de propagande de Ben Ali ne s'est senti menacé par d’éventuelles poursuites judiciaires.
    Les partis politiques ne s'en soucient pas, en tous cas. Ce qui leur importe, c'est d’être présent dans les médias. Peu importe les médias, bien entendu. Qu'ils soient heritiers de Cactus Productions ou téléguidés par d'anciens proches d'Abdel Wahab Abdallah, l'essentiel c'est la Une, les titres principaux et le prime time. Et, tant pis pour l’éthique et la déontologie.

    Partis ou personnes ?

    Mais, faut-il tant exiger de nos partis politiques ? Sous Ben Ali, j'insistais sur le terme "forces de protestation" plutôt que partis politiques. Cela ne touchait en rien leurs sacrifices et militantismes mais les situait mieux sous une dictature politiquement intolérante. Le vrai faux départ des formations politiques émanerait, justement, de ce lent passage de la protestation à l'exercice politique. Autrement dit, entre la dissidence et la participation effective il y aurait des années-lumière à traverser. Il y va de l’intérêt de tous. Mais, pour ce faire, force serait de dé-sacraliser le leadership des partis et de consolider en leur sein de vraies et solides pratiques démocratiques. Ce que Tunisiennes et Tunisiens avaient presque accompli, au lendemain du 14 janvier. Aux partis politiques, maintenant, de faire leurs propres révolutions respectives.

  • Les membres du TMG de l'IFEX s'alarment de la réapparition de la censure d'Internet et des arrestations

    (TMG de l'IFEX) - le 9 juin 2011 - Le Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'Échange international de la liberté d'expression (TMG de l'IFEX), une coalition de 21 groupes membres de l'IFEX, s'inquiète vivement de l'arrestation de Samir Feriani, un officier de police au franc parler, et des accusations auxquelles il s'expose, et de ce qui apparaît comme le retour de la censure de l'Internet.

    Feriani, un Commissionnaire supérieur de police, a été arrêté le 29 mai d'une manière extraordinaire après qu'une voiture fut entrée en collision avec la sienne, le forçant à s'arrêter. Il a été détenu en lien avec des accusations liées à une lettre tranchante au ministre de l'Intérieur Habib Essid dans laquelle il critiquait l'agence de renseignement de Tunisie et le Ministère de l'Intérieur, reprochant aux officiels actuellement en poste de laisser tuer des manifestants pendant la révolution, et disant que plusieurs de ceux qu'il appelle des "tortionnaires notoires" échappent toujours à la justice. Feriani a également fait état de corruption au ministère et a déclaré avoir subi de l'intimidation après avoir transmis une pétition au ministre de l'Intérieur pour attirer son attention sur la destruction de dossiers au ministère, dont certains ont été retirés du domicile de l'ancien chef de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat. Ses accusations ont été rapportées dans deux journaux, "El Khabir" et "l'Audace".

    Feriani a comparu le 2 juin devant un juge d'instruction du tribunal militaire de Bab Saadoun et est accusé en vertu du code pénal de "nuire à la sécurité extérieure de l'État", de répandre des informations "susceptibles de nuire à l'ordre public", et "d'accuser, sans preuves, un agent public de violer la loi". Il risque la prison en cas de culpabilité.

    Feriani a aussi critiqué la répression de sites web jugés critiques à l'égard de l'armée. La réapparition de la censure de l'Internet a mené le 23 mai à la démission de son poste de Secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports du blogueur et activiste politique Slim Amamou. Cette démission a été annoncé afin de protester contre la fermeture de quatre sites web, fermeture à laquelle on a procédé à la demande de l'armée tunisienne.

    Toujours le mois dernier, la police a réprimé brutalement une manifestation de protestation pacifique, le 6 mai, menée par des journalistes, tabassant certains d'entre eux et les arrêtant. Le lendemain, lors d'une autre manifestation de soutien aux journalistes, la police a cassé le bras de Najib Abidi, un "fixer" embauché en avril par l'Observatoire pour la Défense de la Liberté de la Presse, de l'Édition et de la Création (OLPEC), un membre de l'IFEX, pour assister dans la mission du TMG de l'IFEX.

    "Cela ressemble au retour du genre de mauvaises habitudes dont, espérions-nous, la révolution tunisienne nous avait débarrassé", a déclaré le président du TMG de l'IFEX, Rohan Jayasekera, rédacteur en chef associé de Index on Censorship.

    "Rappelant les récents engagements du Premier ministre de soutenir des médias libres, pris lors de rencontres avec le TMG de l'IFEX, nous le prions instamment de continuer à défendre le droit de la presse de représenter toutes les opinions, surtout dans l'intérêt public", a déclaré Virginie Jouan, représentante de l'Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d'information (WAN-IFRA), organisme qui présidait la mission.

    "Feriani doit être remis en liberté immédiatement", a ajouté Jayasekera, "et le Premier ministre doit agir afin d'empêcher certaines factions de violer encore davantage le droit à la libre parole des citoyens tunisiens à l'approche d'élections libres".

    Pour en savoir plus sur le TMG de l'IFEX, aller à : http://ifex.org/tunisia/tmg/ ou trouver le TMG de l'IFEX à : http://www.facebook.com/IFEXTMG et sur Twitter @TunisiaMonitor
    Le groupe d'observation de la Tunisie de l'IFEX
    Rohan Jayasekera, Chair
    c/o Index on Censorship
    London
    United Kingdom
    rj (@) indexoncensorship.org
    tél: +44 20 7324 2522

    Arabic Network for Human Rights Information
    ARTICLE 19: Global Campaign for Free Expression
    Association mondiale de radiodiffuseurs communautaires
    Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d'Information
    Bahrain Center for Human Rights
    Cairo Institute for Human Rights Studies
    Canadian Journalists for Free Expression
    Cartoonists Rights Network International
    Egyptian Organization For Human Rights
    Fédération Internationale des Journalistes
    Freedom House
    Index on Censorship
    International Federation of Library Associations and Institutions
    International Press Institute
    International Publishers Association
    Journaliste en danger
    Maharat Foundation (Skills Foundation)
    Media Institute of Southern Africa
    Norwegian PEN
    World Press Freedom Committee
    Writers in Prison Committee, PEN International

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